Le carbone irrécupérable peut avoir un impact catastrophique sur les enjeux climatiques avec 140GtC d’émission potentiel. Si nous avions conscience des grands poumons verts de la planète, d’autres zones sont également à inclure dans la protection face aux risques d’activités humaines.

 

Intégration des puits de carbone sur les scénarii

Les stratégies et scénarii de mitigation des émissions GES pour rester sous les 2°C prennent tous en compte la capture du carbone par les écosystèmes naturels. Et ils le prennent tous constant, considérant que ces espaces seront préservés des activités humaines qui peuvent les impacter.

Qu’est-ce que le carbone irrécupérable ?

Les écosystèmes naturels (forêts, plaines, tourbières, mangroves…)  ont captés pendant des millions d’années le carbone dans l’atmosphère par photosynthèse. Lorsqu’on les détruit ou brûle, le carbone capturé est relâché dans l’atmosphère. C’est aussi sa capacité de captation carbone qui est détruite. En renouvelant (après destruction) ces écosystèmes, on réintroduit sa capacité de captation. Cependant cela prend des centaines voire des milliers d’années.  Et c’est dans cet intervalle de temps que la notion de carbone irrécupérable prend son sens.

Le carbone irrécupérable est la différence du carbone contenu dans les écosystème à risque (vulnérable) par les activités humaines, moins le carbone qui pourrait être de nouveau capté d’ici 2050 par compensation en replantant la même surface d’écosystème.

equation carbone irrécupérable

Effet sur les scénarii climats

Des chercheurs ont cartographié les écosystèmes et leur potentiel de carbone irrécupérable. Ils mettent en avant des chiffres en relation avec les scénarii 1,5°C. Ainsi le potentiel de carbone irrécupérable est évalué à minima à 140GtCO2eq. Le budget carbone de l’humanité pour la trajectoire 1,5°C est lui de 109GtCO2eq. Mis en relation, on constate que la destruction de ces écosystèmes réduirait à néant les efforts dans le cadre des Accords de Paris (en supposant que les engagements pris lors de la COP21 soient respectés). Le potentiel maximum de carbone irrécupérable (582,7GtCO2eq) est du même ordre de grandeur que l’ensemble des émissions totales humaines (651GtCO2eq) depuis l’ère préindustrielle. Avec 56% de ces émissions totales humaines captées par les écosystèmes, nous en sommes pourtant déjà à +1,1°C.

Un point important à noter est que le carbone irrécupérable prend en compte uniquement les zones “gérables” par les humains (d’où la notion minimum/maximum). La fonte du permafrost, très émettrice en GES, sous l’effet du réchauffement climatique, n’est donc pas pris en compte dans leur calcul.

Où se situe le carbone irrécupérable

D’après l’analyse et le mapping des chercheurs, il est montré que 50% du carbone irrécupérable mondial se situe sur 3,3% de sa surface. Seul 23% de ce carbone se situe dans une zone protégée.

L’effet humain

Si certains états ont des politiques de préservation des terres, on constate que l’exploitation de ces terres continue. Par exemple la déforestation, mais aussi la transformation des steppes, est régulièrement pointé du doigt pour l’agriculture (l’Amérique du Sud souvent sur ce sujet). Cependant ce ne sont pas les seuls facteurs. Le changement climatique met aussi automatique à risque ces écosystèmes. Les feux géants à répétition en Australie, aux Etats-Unis, au Canada et en Sibérie en sont les exemples les plus visibles. Ainsi depuis 2010, 4GtCO2 irrécupérables ont déjà été émis.

L’article de recherche met en avant que sous le “Business As Usual”, c’est 4,5GtCO2eq/décade de carbone irrécupérable supplémentaire seront perdu sous l’effet de la déforestation uniquement. Soit 10% du total à 2050.

L’article met en avant que les futures risques liés aux activités humaines sur ces écosystèmes ne peuvent se baser uniquement sur les tendances du passé. Il propose une carte des écosystèmes face aux risques potentiels climats et transformation des sols. Celle-ci permet d’identifier des zones clés pour la gestion du carbone irrécupérable.

Le pays consommacteur

Dans notre lutte contre le réchauffement climatique, il parait donc primordial d’accorder une attention particulière à la gestion de ses zones. La compensation à postériori de l’utilisation n’a aucun sens pour l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris. La responsabilité ne repose pas uniquement sur les pays “hôte” de ces sites, mais également sur les pays “demandeurs” indirects. L’Europe, par exemple, dénonce les activités sur ces zones, mais incite par ses  importations de certaines ressources. On attend une plus grande cohérence entre discours et actes. Maintenant que les chiffres sont disponible, la collaboration pays producteurs/consommateurs au niveau mondial est primordiale.

 

Si, à long terme, la planète se relèvera de tous les scénarii climatiques , il en est pas de même pour l’humain. A l’Homme donc de tracer son avenir en connaissance de cause.

 

Article de recherche Source: https://www.nature.com/articles/s41893-021-00803-6

Article Source: https://bigthink.com/strange-maps/irrecoverable-carbon-sinks/

 

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