Avez-vous autour de vous une personne végétarienne ou vegan ? 

Êtes-vous réellement convaincu de l’utilité de sa démarche, de l’impact de ses actions, du sens de ses restrictions ? 

En bon Français, vous ne songez pas vous priver de cette délicieuse charcuterie, ou encore de ce plateau de fromages qui représente votre mode de vie et votre culture. Être vegan pour vous, ça n’est pas seulement, selon la définition de l’association L214, « refus[er] toute forme d’exploitation animale », c’est également renoncer au plaisir, à la gastronomie, à ce qui rend le repas et l’alimentation si plaisants. Vous vous dites que vous avez fait bien des efforts, que vous pourriez en faire tant d’autres encore, mais qu’il ne sera pas question de toucher à votre assiette. Ne vous méprenez pas, il va falloir y passer ! 

Après l’article précédent sur les bonnes pratiques pour décarboner son logement, il est temps de s’attaquer à un sujet de taille, qui fait débat en France peut-être plus qu’ailleurs : l’alimentation. C’est un sujet sensible, les Français sont très attachés à leur gastronomie. Pourtant il va falloir mettre la main à la pâte dans ce domaine également, et il y a du boulot !

Une alimentation riche en viande 

Boeuf bourguignon, pot-au-feu, aligot, tripes, foie gras, cassoulet, fondues savoyardes et bourguignonnes… il n’y a qu’à se balader dans les recommandations des guides touristiques sur la France pour se rendre compte que la gastronomie nationale se repose largement sur l’utilisation de la viande et du fromage (pour notre plus grand plaisir).  

On obtient ainsi, selon le rapport La consommation de viande en France en 2020 de France AgriMer, qu’un Français consommait en moyenne 84,5 kg de viande en 2020. 

En 2018, European Data Lab indiquait que l’on avait déjà quasiment atteint le seuil des 80kg par tête, soit un niveau supérieur à la moyenne européenne (cf graphique ci-dessous)

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Pour situer la France par rapport à d’autres pays, les Etats Unis et le Canada sont actuellement à plus de 100kg, la Chine et l’Inde sont tous deux en dessous de 50 kg. Donc finalement, les seuils atteints par la France sont plutôt en cohérence avec ceux des pays voisins ; pas de quoi, à priori, s’alarmer outre mesure.

Cependant, le problème n’est pas là : les Nations Unies prévoient qu’en 2050, avec une population atteignant près de 10 milliards d’individus, la consommation mondiale de viande devrait augmenter de plus de 75%. Ça, c’est un réel problème… savez vous pourquoi ?

Sans surprise, un mode de vie très polluant 

Eh bien parce que la viande est un poste très important d’émissions de CO2 à l’échelle du globe !

En effet, d’après le travail de compilation de Carbone 4, fait à partir des données d’acteurs tels que le Ministère de la Transition écologique, ou encore le Haut Conseil pour le Climat : l’alimentation représente 2 350 kilos d’équivalent CO2 par an, dont 40% vient de la consommation viande.

En plus d’être un secteur très émetteur, la production de viande, tout comme le reste des productions agricoles, est également source de déforestation : le WWF indique dans son article Bien manger, pour soi et pour la planète que 70 à 80% de la déforestation dans le monde provient de la production agricole, et notamment de la culture de soja, destinée à nourrir les animaux. 

Il y a cependant une nuance à apporter à ces propos.
Tout d’abord, tous les viandes ne se valent pas. On le voit sur l’infographie ci-dessous, le boeuf est bien plus problématique que le poulet par exemple, si l’on considère l’ensemble de son cycle de vie, de l’usage des terres agricoles au packaging final.

Et ensuite, si on tape beaucoup sur la viande, il ne faut pas non plus oublier l’impact d’autres produits tels que le fromage, le cacao ou le café, tout aussi néfastes pour l’environnement. Quand je vous parlais de mésinformation dans cet article, je parlais notamment de ce genre d’informations méconnues. 

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Des changements de mentalité se font sentir

Un élan de responsabilité a toutefois émergé en France pour répondre à ces enjeux de décarbonation de l’alimentation.

L’IFOP a mis en lumière que plus d’un tiers des Français dit « avoir limité ou cessé toute consommation de produits carnés », 39% pour être précis. On retrouve plusieurs mouvements et tendances : flexitariens, pescétariens, végétariens, végétaliens ou encore vegan. Cependant, ce sont encore pour l’instant les flexitariens, “diminuant volontairement” leur consommation de viande, qui mènent la danse, avec une représentativité de 24% de la population française interrogée.

Cette mauvaise représentation des vegans en France vient d’une mauvaise connaissance du véganisme : selon un sondage de Yougov, 53% de la population ne connaît pas la définition juste du véganisme, et 64% estiment qu’il ne s’agit que d’un phénomène de mode.

Cependant, 68% des Français sont d’accord avec l’idée qu’en France on consomme trop de viande” indique selon FranceAgriMer

Il y a donc une marge de manoeuvre !

Respirez, ça va aller !

Contrairement à ce que pensent certains, faire attention à l’impact de son alimentation n’est pas nécessairement synonyme de renoncement et de privation. Pour être efficace sans tout sacrifier, on peut par exemple commencer par mettre en place les actions suivantes : 

  • Manger plus végétal : diminuer sa consommation de viande de 30% permet de réduire ses émissions d’environ 600 kg de CO2/an. Ça permet dans le même temps de faire du bien à son porte monnaie : 23% des dépenses annuelles moyennes d’un Français sont liées à l’achat de viande. Comme ça a été le cas chez moi, vous pouvez commencer par vous offrir un livre de cuisine végétarien qui vous fait de l’oeil, et laisser la magie opérer. Dans mon cas, ça a été des références telles que Yotam Ottolenghi : Simple, Plenty, ou encore Flavour.
  • Manger de saison : ceci permet à la fois de manger relativement local et sans utiliser trop d’énergie (contrairement aux serres chauffées en Espagne), mais également de bénéficier des bons nutriments apportés par les fruits et légumes de saison. Si d’aventure vous souhaitez tout de même consommer un fruit n’étant pas de saison, préférez-le en conserve. Pour vous aider, vous pouvez utiliser l’application ethiquettable, disponible sur smartphone, vous donnant accès en temps réel à l’information de quels sont les produits locaux et de saison ainsi que leurs vertus 
  • Exclure des produits déforestation et notamment le soja, l’huile de palme, les crevettes « exotiques », le cacao et le café.
  • Réduire le gaspillage alimentaire : ⅓ de la production annuelle française est perdu chaque année. C’est beaucoup trop ! Et d’un point de vue économique, ça s’approche de 110€ jetés à la poubelle par personne par an. Pour pallier ce problème, il s’agit d’apprendre à cuisiner les quantités justes, à ne pas trop acheter, et à prioriser les restes ou les aliments en train de se perdre.

Pour d’autres conseils pratiques, je vous recommande ce rapport du WWF, expliquant comment mieux manger de la viande.

 

Jade SURDEAU

MS Acteur Pour la Transition Énergétique, Audencia BS

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