Très tôt les habitants d’EL Hierro (Canaries) ont eu la préoccupation du développement durable. Ainsi L’île possède un système énergétique innovant combinant énergie éolienne et hydraulique visant l’autonomie énergétique. Portrait d’un projet porté par toute une population.

La dernière des Canaries

El Hierro (ïle de Fer en français) n’est pas la demeure de la maison Greyjoy. C’est l’île la plus à l’ouest des Canaries. De dimensions modestes (environ 20km sur 15), avec 11 000 habitants, les feux de l’actualité l’ont éclairée en 2021 : éruption du volcan voisin, échouage de bateaux de malheureux migrants et série policière sur Arte. C’est un écrin pour une nature fragile et magnifique: cratères volcaniques, landes et forêts brumeuses,… Des vents puissants balayant tout cela.

Dès la fin de la seconde guerre mondiale, les élus locaux ont très vite compris la nécessité de travailler pour préserver et valoriser la beauté de l’ïle. Le développement durable a donc pris une importance particulière dans la population, ce qui a permis la fin de son dépeuplement, la fortification de ses activités agricoles traditionnelles, la reforestation en essences locales et la préservation d’espèces rares.

Un modèle de transition énergétique insulaire

El Hierro n’est pas reliée à ses voisines ni au continent. Elle a dû se satisfaire longtemps de son unique centrale thermique au fuel. Mais, grâce à des leaders convaincus et influents, les habitants se sont dotés d’une inédite centrale hydro-éolienne.

Les Eoliennes sont bien acceptées ici : la ressource en vent est forte et régulière, elles sont bien perçues par les espagnols et les autorités locales les ont apparentées à l’arbre fontaine des populations autochtones anciennes. De même les barrages sont aussi des éléments de la tradition: beaucoup de foyers possèdent de petites retenues depuis toujours car la ressource en eau douce est rare dans cet environnement spécifique.

5 éoliennes de 2,3 MW chacune ont donc été implantées. En supplément, les insulaires ont installé une centrale hydraulique de 11MW fonctionnant en STEP avec 2 réservoirs dont le plus important a une capacité de 500 000 m3 pour une hauteur de chute de 600m. La STEP (station de transfert d’énergie par pompage) est un système qui permet de stocker de l’énergie. Une pompe envoie l’eau dans des réservoirs en altitude. En cas de panne de vent, la centrale électrique, alimentée par les réservoirs prend le relai. Le système a été mis en fonctionnement en 2014. C’est un modèle de co-gestion entre les insulaires et le fournisseur électrique local.

Ainsi près de la moitié de l’approvisionnement en électricité est d’origine renouvelable. L’ancienne centrale n’a pas été arrêtée mais son fonctionnement est réduit. Cette technique permet d’atteindre jusqu’à 1000h consécutives d’électricité sans recours au fuel.

En parallèlle, plusieurs initiatives ont vu le jour:  la mobilité au bio-diesel avec des productions locales pour les poids lourds et les tracteurs, un WI-FI public alimenté par panneaux solaires, un programme 100% recyclable de déchets ménagers…

Cette réussite a été saluée à l’international par l’UNESCO qui préconise la transposition de ce modèle dans d’autres régions insulaires dans le monde.

Je vous invite à lire ce passionnant article d’Alain Gioda résumant l’histoire des évolutions énergétiques et environnementales d’Elhierro qui détaille avec précision cette démarche

Un paradis?

S’il faut saluer la beauté préservée de l’ile et l’intelligence de ses habitants, il faut aussi pointer du doigt le sur-tourisme de ces dernières années. L’été 2021, par exemple, la population a doublé! Il y a des conséquences sur la faune et la flore avec des menaces sur des espèces fragiles. Aussi, le voyageur soucieux de préserver son environnement sera-t-il prudent lors de la programmation de son voyage…

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