Interview d’Aurélie, une enseignante engagée et inspirante

 

Aurélie LOIZEAU est une enseignante d’une petite école d’un petit village entre Nantes et Cholet (France) qui force l’admiration et inspire bien ceux qui la rencontre sur leur chemin d’apprentissage notamment ses élèves et pas seulement. Avec de beaux projets humains et écologiques, elles les emportent dans des voyages lointains tout en restant dans leur petite école de campagne.

Nous n’avons interviewé et tenez-vous bien ! Bon voyage !

  1. Pouvez-vous nous présenter votre école et votre équipe pédagogique ? Et quelle y avez-vous ?

Je suis enseignante à l’école Saint Pierre des jardins. Il s’agit d’une petite école rurale de 4 classes. Nous sommes donc 4 enseignantes et une ASEM. J’enseigne en CM1/CM2.

Même si notre école se trouve dans un milieu rural, nous nous sommes rendues compte que le nombre d’enfants issus du milieu agricole diminuait chaque année.

Toute l’équipe a l’envie de transmettre aux élèves une conscience éco-responsable et solidaire.

La taille restreinte de notre école est un facteur qui contribue à instaurer un climat bienveillant et familial qui est propice à se préoccuper des autres.

  1. D’où vient le nom de l’école ?

Notre école n’avait pas de nom jusqu’en 2018. Lors de l’année scolaire 2017/2018, le conseil d’établissement de l’école qui regroupe des parents et l’équipe enseignante s’est donné pour objectif de lui trouver un nom.

Etant une école privée, il fallait que ce nom fasse référence à la Bible. Nous avons donc choisi Saint Pierre. Au-delà du fait que Saint Pierre soit celui qui a posé la première pierre de l’édifice de l’Eglise catholique, nous avons aussi trouvé des personnes portant le prénom de Pierre qui nous ont inspiré : Pierre de Coubertin, Pierre Perret, l’abbé Pierre et Pierre Rabhi.

Le territoire de la Renaudière est aussi témoin de l’histoire par la présence de plusieurs pierres remarquables : menhirs, dolmen.

Concernant le choix du mot « jardin » dans le nom de l’école, la raison est double : il fait référence au fait que l’école maternelle a été construite sur un site qui accueillait autrefois les grands jardins de la commune mais aussi à la citation de Victor Hugo « Les maîtres d’école sont des jardiniers en intelligence humaine ».

  1. Des exemples d’actions que vous avez pu réaliser ?

Depuis de nombreuses années, nous avons la volonté de sensibiliser les élèves à la nature et l’environnement en travaillant sur le tri sélectif, sur la réduction des déchets, en allant visiter le jardin d’un papa d’élèves de l’école qui participe au week end « Bienvenue dans mon jardin au naturel », en faisant le « bilan santé de notre rivière » en partenariat avec le CPIE Loire Anjou (Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement) …

Sous l’impulsion de Marie-Claire Bausson, ma collègue de GS/CP, nous avons voulu faire plus, aller plus loin. Comme elle le répète souvent, on protège ce qu’on aime. Donc pour protéger la nature, il faut l’aimer ; et pour l’aimer, il faut la connaître, la côtoyer au quotidien.

Ainsi, Marie-Claire a eu l’idée de transformer un coin pelouse que l’on a sur la cour en « jardin des 5 sens » : un lieu pour observer, goûter, écouter, jardiner, sentir…

C’est ce que nous avons fait lors de l’année scolaire 2020/2021. Nous avons donc mis les élèves de l’école en projet : les CM1/CM2 ont décidé de la forme du jardin (taille et forme des chemins, élément central), les CE1/CE2 ont défini les espaces et les matériaux utilisés sur les chemins, enfin les GS/CP ont choisi les éléments qui seront mis dans chaque espace (serre, hôtel à insectes, boîte à livres, mangeoire, récupérateur d’eau de pluie…). Pour l’étape suivante, nous avons eu besoin de parents d’élèves. Il fallait faire sortir de terre le projet des élèves : faire les chemins, installer les éléments choisis par les élèves.

Depuis, les enfants ont pleinement pris possession de leur jardin en réalisant des plantations de légumes puis en les dégustant, en semant des fleurs de jachère, en arrachant à la main les herbes sauvages, en tondant la pelouse (avec une tondeuse hélicoïdale) …. Les enfants de la PS au CM2 passent du temps dans le jardin lors des récréations pour l’entretenir mais aussi y lire, discuter, observer la nature…

Afin de protéger nos plantations des pucerons, nous élevons des coccinelles :  étude de leur évolution et de leur impact sur la nature (outil écologique).

Cette année (le 9 février), avec mes élèves, nous sommes allés planter 2 haies bocagères (plus de 200 arbres) chez des agricultrices/teur de la Renaudière. Cela a été possible grâce à l’association « Des enfants et des arbres ».

Ce projet a été initié l’an dernier. Mes élèves ont rédigé des courriers à tous les agriculteurs de La Renaudière leur expliquant leur souhait de planter des haies bocagères sur des terres agricoles. Nous avons reçu une réponse de la part des exploitants de la ferme La Vergne. Nous souhaitons, désormais, reproduire cette action tous les 2 ans pour que tous les élèves aient réalisé une plantation pendant leur scolarité.

Au sein de l’équipe enseignante, il nous semble important aussi que nos élèves prennent conscience que l’écologie se vit par tous et partout dans le monde. Pour cela, nous avons mis en place 2 partenariats.

Le premier avec la « Grande Muraille Verte » (via l’association « Sahel sciences et société – A3S »). Depuis 2 ans, nous faisons des actions de solidarité : l’argent que nous avons récolté lors de repas « pain-pomme » a permis de financer l’achat et la plantation d’arbres au Sénégal, la première année et l’an dernier, elle a permis d’aider à financer l’éducation à l’environnement dans les écoles du Ferlo au Sénégal. Nous avons eu la chance de recevoir Gilles Boëtsch en juin 2022. Il est venu présenter le travail de OHMI Tessékéré aux élèves de CM1/CM2. Depuis, nous gardons le lien.

Deuxième action : en mars 2022, les élèves de GS/CP et CM1/CM2 ont rencontré Gregorius Affioma, un partenaire Indonésien du « CCFD-Terre solidaire », qui lutte sur l’île de Flores pour la survie dans son habitat naturel du dragon de Komodo. Ils ont ainsi pu échanger avec lui sur le thème de l’écologie et les actions que chacun met en place dans son pays.

Cette année, notre thème d’année est « Découvrons les diversités du monde », nous avons eu la chance de recevoir Moussa Ag Assarid, conteur Touareg et fondateur de 2 écoles au Mali. Il a pu ainsi parler aux enfants CE/CM de sa vie lorsqu’il était enfant mais aussi des écoles qu’il a fondées avec son frère. Ensuite, il a rencontré les maternelles et CP de l’école pour leur raconter des contes de son enfance.

  1. Pourquoi vous organisez toutes ces rencontres ?

C’est avec ma collègue Marie-Claire Bausson, et avec l’accord de notre cheffe d’établissement, que nous bâtissons et mettons en oeuvre ces projets.

Cela fait partie du programme scolaire mais notre volonté est que les élèves vivent des expériences et fassent des rencontres. C’est beaucoup plus marquant pour eux que d’étudier dans des livres et remplir des fiches.

Il est important que les élèves se confrontent aux grands défis mondiaux actuels. Ils y sont exposés au travers des médias, il est nécessaire qu’ils y trouvent des éléments de réponses à l’école.

  1. Quel est l’objectif de vos initiatives ?

Le fait de mener une action et non d’être seulement spectateurs de l’état actuel de la planète leur donne un enthousiasme qu’ils partagent autour d’eux.

Il nous semble important de participer à ce que nos élèves et leurs familles deviennent des « éco-citoyens du monde ».

Nous souhaitons aussi faire évoluer les mentalités au sein des familles et des futurs adultes que sont nos élèves, qu’ils prennent conscience que c’est notre mode de vie occidental qui est le plus responsable de la dégradation de l’environnement et que nous devons modifier nos habitudes.

Il est important de garder de l’optimisme pour continuer à bâtir des projets qui tiennent compte de l’humanité entière.

Nous estimons que c’est une grosse partie de notre travail.

  1. Comment ces évènements se lient-ils avec le programme de l’école ?

Nous arrivons assez facilement à lier tous nos projets et rencontres aux programmes de l’école. En sciences, l’une des compétences à acquérir est de « mettre en œuvre une action responsable et citoyenne, individuellement ou collectivement, en et hors milieu scolaire et en témoigner ». Tous nos projets autour du jardin de l’école, de la plantation des haies bocagères mais aussi notre partenariat avec la Grande Muraille Verte rentrent parfaitement dans ce cadre.

Malgré le lien avec les programmes, peu d’écoles font ce choix à ce jour mais nous espérons que ces exemples en entraîneront de plus en plus.

Quant à nos rencontres, elles correspondent parfaitement au programme d’EMC (éducation morale et civique) où on doit apprendre aux enfants « de prendre en charge des aspects de la vie collective et de l’environnement et de développer une conscience civique ».

  1. Comment les parents perçoivent-ils ces évènements ?

Avec Marie-Claire, nous travaillons dans cette école depuis 20 ans ; les parents nous font confiance car ils savent que même si nous nous investissons beaucoup dans ces projets, les apprentissages fondamentaux sont assurés correctement.

Les parents sont toujours partants que ce soit humainement ou financièrement pour nous aider à réaliser ces projets.

Pour la réalisation de notre jardin, nous avons eu besoin d’acheter du matériel. Nous sommes une petite école privée avec peu de moyens financiers mais les trésoriers ont tout de suite validé nos demandes car ils ont conscience de l’intérêt pédagogique et humain pour leurs enfants. De plus, lors de la réalisation du « gros œuvre », des parents ont accepté de venir sur leur temps libre (vendredis soirs et samedis) pour non seulement nous donner des conseils mais aussi donner un coup de main ; sans eux, le projet de leurs enfants n’aurait jamais pu sortir de terre.

Lors de la plantation des haies bocagères, non seulement des parents mais aussi des papys nous ont accompagnés lors de cette journée.

Les parents qui ne peuvent pas prendre de temps ou qui ne se sentent pas en capacité de participer ont toujours un petit mot d’encouragement.

L’enthousiasme de nos élèves dans la création et la réalisation de nos projets est communicatif et entraîne les familles.

Une belle graine de vie est ainsi semée dans cette belle école où les élèvent grandissent dans tout le sens du terme. Merci pour cette profonde leçon, courage à vous et ainsi va la vie…

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