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Dans la continuité de l’article précédent sur les bonnes pratiques en termes de mobilité à mettre en place pour réduire son empreinte carbone, je vous propose aujourd’hui de nous concentrer sur un poste d’émissions non moins important que les transports : le logement.

Etat des lieux de l’empreinte du secteur 

Lorsque l’on parle du logement et de son empreinte sur l’environnement, il faut savoir que l’on distingue plusieurs sous-catégories : l’énergie utilisée pour le chauffage et autres, la rénovation et l’entretien, la construction neuve, ainsi que l’équipement des logements (gros électroménager, mobilier et autres). Actuellement, c’est l’énergie consommée qui représente le sous-poste principal d’émissions de CO2 du secteur. On imagine donc que c’est en priorité sur ce volet qu’il faut travailler. 

Le secteur du bâtiment apparaît aujourd’hui comme un des mauvais élèves de la transition écologique. En effet, son empreinte carbone est très conséquente : l’ADEME identifie que les émissions d’un Français provenant de son logement représentent plus de 2,5 tonnes équivalent CO2 par an en moyenne, soit plus de 24% de ses émissions annuelles totales. Mais ce n’est pas tout, le Ministère de la transition écologique et solidaire indique que le bâtiment est également le secteur le plus consommateur d’énergie en France, avec pas moins de 45% de l’énergie totale consommée !

Pour diminuer le poids de ce secteur sur l’empreinte carbone française, le gouvernement a indiqué dans sa Stratégie nationale bas carbone (SNBC) vouloir diviser par deux les émissions du bâtiment entre 2015 et 2030, en s’attaquant à la fois aux constructions neuves via la RE2020, mais également aux bâtiments existants via de nombreuses rénovations énergétiques, et notamment aux « passoires thermiques » que sont les logements de classe énergie F ou G (17% des logements actuels).

Quelques leviers d’actions pour décarboner son logement 

Montrer du doigt les mauvais élèves n’est cependant pas suffisant. Il faut passer à l’action, et il est de notre responsabilité à tous de travailler sur nos logements pour les rendre les plus responsables possibles. Voici quelques propositions pour alléger son score carbone :

Idée n°1 : Bien isoler son bâtiment 

Le chauffage constitue le poste le plus important d’émissions avec la voiture pour un Français. Ceci est notamment dû au fait que la plupart des logements ne sont pas très bien isolés : seulement 6,6% sont de classe A ou B. Il y a donc encore bien des efforts à faire au niveau de l’isolation.

Mais ne vous méprenez pas, travailler sur l’isolation de son bâtiment n’est pas seulement teinté de contrainte et de négativité. En effet, une bonne isolation apporte certains avantages : elle donne un meilleur confort de vie via un meilleur ressenti thermique (moins d’humidité, de « parois froides », meilleure qualité de l’air…), et permet à votre maison de « mieux vieillir », en la rendant plus résistante à l’usure, aux intempéries, et à terme, au réchauffement climatique. En plus de décarboner votre logement, ceci rend ainsi cet investissement intéressant sur le plan économique également. Pour vous renseigner sur les façons d’isoler votre logement et les aides dont vous pourrez bénéficier pour le faire, je vous conseille les guides Isoler sa maison et Aides financières 2020 de l’ADEME, ainsi que le simulateur Simul’Aid€s.

Idée n°2 : Correctement choisir sa source d’énergie  

Savez-vous quelle est la solution idéale ? On vous en propose une : ni fioul ni gaz. Ce sont deux sources d’énergie fossiles et très carbonées, elles sont donc à éviter le plus possible ! Préférez des alternatives comme le chauffage électrique (attention aux radiateurs convecteurs dits grille-pain), ou moins coûteux, les réseaux ou pompes à chaleur ou le chauffage au bois. A titre de comparaison, une chaudière au fioul émet environ deux fois plus de CO2 qu’un radiateur électrique et près de 7 fois plus qu’une pompe à chaleur. Le changement est donc assez intéressant pour décarboner son logement !

Idée n°3 : Entretenir sa chaudière et purger ses radiateurs 

C’est une tâche généralement oubliée. Pourtant, une chaudière mal entretenue peut engendrer une surconsommation d’énergie. De plus, il existe une obligation légale de faire contrôler sa chaudière tous les ans, du moins pour les installations dont la puissance nominale est comprise entre 4 et 400 kilowatts. Cette obligation est certes légèrement contraignante, mais elle permet de prolonger la vie des équipements. Il ne faut également pas oublier de correctement purger ses radiateurs. C’est une routine simple à mettre en place, et pratique pour éviter les bruits de tuyauterie. Pour ceux d’entre vous qui seraient moins bricoleurs, voici un tuto pour vous apprendre à purger votre radiateur.

Idée n°4 : Faire attention à sa consommation d’énergie, être attentif

Outre le choix de la source d’énergie, il faut également songer à réduire sa consommation, à la rendre plus responsable et raisonnable. C’est d’ailleurs sans doute une étape à faire avant de changer d’installation thermique, afin de la dimensionner correctement, en adéquation avec ses nouveaux besoins. Pour réduire sa consommation, plusieurs idées sont à explorer : baisser le chauffage de 1°C (diminue la consommation et les émissions de 7%), faire des lessives moins chaudes (30%), acheter de l’électroménager basse consommation, utiliser le mode eco des appareils électroménagers (sur un lave-vaisselle, c’est jusqu’à 45% d’électricité économisés), écourter les douches (surtout chaudes)…

L’importance de la rénovation

En mai 2021, l’Observatoire de l’Immobilier Durable (OID) a publié son analyse du cycle de vie des bâtiments de logements afin de déterminer leur poids carbone. Cette étude met en lumière les facteurs clés à prendre en compte pour optimiser les gains carbones de la rénovation énergétique.

La rénovation énergétique peut concerner deux types de travaux : les travaux sur le chauffage, et ceux sur l’isolation. 

L’hypothèse prise est celle d’un changement de chauffage fioul vers une pompe à chaleur (PAC) au bout de 30 ans et de travaux d’isolation au bout de 25 ans. L’étude établit notamment que le poids carbone d’un logement collectif est estimé à 3,6 tonnes de CO2 par mètre carré sans rénovation et à 3 tonnes de CO2 par mètre carré avec rénovation au bout de 50 ans, différence non négligeable !

Cependant, attention à l’effet rebond : le gain d’efficacité énergétique ne doit pas se traduire par une augmentation de la consommation, sinon l’intérêt est perdu ! Il est donc primordial de sensibiliser la population pour conserver les bénéfices d’une rénovation énergétique et décarboner son logement.

Pour aller plus loin dans la réflexion : changer sa vision du logement 

Pour les plus motivés, il existe encore bien des solutions de décarboner son logement.  Elles nécessitent cependant de sortir de les idéaux mentaux construits autour du logement : une grande maison, construite sur-mesure pour soi, dans les plus beaux quartiers, ou au milieu de nulle part dans un écrin de verdure. À la place, plusieurs idées peuvent et doivent mûrir dans les esprits les plus ouverts : 

  • réhabiliter plutôt que faire construire
  • privilégier l’habitat groupé, afin de mettre en commun certaines ressources, équipements ou espaces
  • ne pas s’installer dans les nouveaux quartiers si c’est possible, pour lutter contre l’artificialisation des sols
  • choisir son mode de vie pour ne pas dépendre de la voiture, comme habiter proche de son lieu de travail 

Êtes-vous prêts à envisager ce genre de changement ?

 

Jade SURDEAU

MS Acteur Pour la Transition Énergétique, Audencia BS

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